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Bilan de campagne Québec 2026 · Article 1/4

Institut d’Écohérence · Bilan de campagne Québec 2026 · Article 1/4

Capital naturel : le grand oublié de la campagne

Il manque un cadran au tableau de bord du futur gouvernement : celui de la nature. Voici comment l’y remettre.

Un mot de contexte

La campagne est derrière nous. Restent les programmes, les promesses, et une question : qu’est-ce que le prochain mandat protégera vraiment ?

L’Institut d’Écohérence lit les programmes électoraux avec une grille à trois étages, expliquée dans trois articles :

  • les neuf leviers disent où regarder — énergie, mobilité, logement, alimentation, industrie, finance, communs et territoires, démocratie, État de droit. Voir la série sur les neuf leviers ;
  • les dix attributs disent comment juger ce qu’on y trouve : diagnostic, verrou, financement, mise en œuvre, indicateurs et cinq autres filtres. Voir la série sur les dix attributs ;
  • les cinq capitaux invisibles disent ce qu’on protège, et que le PIB ne voit pas : humain et social, naturel, physique, productif, institutionnel. Voir l’article sur les cinq capitaux.

Cet article touche le troisième étage, et un seul capital : le naturel. Les cartes détaillées sont dans nos heatmaps leviers et attributs, et chaque mesure notée se retrouve dans le catalogue des mesures.

Le cadran qui manque

Imaginez un pilote devant son tableau de bord. Altitude, vitesse, carburant, cap : tout est là, tout est surveillé. Maintenant, imaginez qu’aucun cadran ne mesure l’air dans lequel l’avion vole. Absurde ? C’est pourtant ce que font la plupart des programmes électoraux avec la nature.

L’eau qu’on boit, les sols qui nourrissent, les forêts qui retiennent la pluie, l’air qu’on respire : l’économie n’en produit aucun. Elle les utilise, souvent comme s’ils étaient gratuits et illimités. Et tout tient sur une enveloppe mince, environ 20 cm de sol fertile, 200 m d’océan éclairé et 20 km d’air. C’est notre enveloppe de vie.

Notre enveloppe de vie : 20 centimètres de sol fertile, 200 mètres d’océan éclairé et 20 kilomètres d’air
Notre enveloppe de vie. Illustration de l’Institut d’Écohérence.

Quand on passe les programmes des cinq partis à la grille des cinq capitaux, le capital naturel arrive loin derrière tous les autres. Presque aucune mesure n’a la nature pour objet. Elle entre par ricochet : un transport collectif qui évite de la pollution, un régime forestier, la seconde main. Aucun parti n’y échappe. Ce n’est pas un problème de camp, c’est un angle mort de campagne.

Pourquoi la nature se perd en route

Voici notre lecture, qui reste une hypothèse. D’abord, la nature se promet mal. Une place en garderie se compte. Un milieu humide protégé se mesure en hectares, sur des décennies, avec des indicateurs que peu de partis publient. Ensuite, on l’a rangée dans une case : « Environnement » a son plan et son chapitre, pendant que le transport, le logement, l’agriculture et l’industrie se décident sans test nature. Enfin, elle n’a personne dans la salle. Les aînés votent. Les écosystèmes, non. Les générations suivantes non plus.

Pas de complot là-dedans. Une campagne dure quelques semaines, et la nature travaille en décennies.

Une dette qu’on ne voit pas

Notre article sur les cinq capitaux le dit sans détour : une agriculture qui épuise ses sols pour gagner du rendement ne crée pas de richesse, elle transforme du capital naturel en revenu courant. Même chose pour la municipalité qui construit en zone inondable ou détruit les milieux humides qui absorbaient la pluie. Aucune facture n’arrive. La dette existe quand même.

Le comble, c’est que le PIB compte parfois la réparation comme de la croissance. Reconstruire après une inondation, c’est de l’activité. Une campagne muette sur l’eau, les sols et les milieux naturels peut donc passer pour « économiquement sage » et laisser derrière elle un passif considérable.

À quoi ressemble une bonne mesure

Les mesures qui sortent du lot dans nos notes ont toutes la même allure : un objet précis, une cible chiffrée, des comptes à rendre. Restaurer des bandes riveraines avec un objectif de kilomètres restaurés et un accompagnement des agriculteurs. Faire décaisser vite les fonds de compensation des milieux humides vers des chantiers concrets, avec une cible annuelle de superficie. Garantir l’accès public aux berges avec un nombre de kilomètres de rives rendues accessibles.

Un verbe, un chiffre, une date, un responsable. Sans ces quatre éléments, une mesure nature reste un vœu.

Six gestes concrets

Pour le gouvernement et les élus

  1. Un test nature sur chaque mesure, avant l’annonce. Elle renforce, ignore ou affaiblit le capital naturel : une ligne dans le dossier. Le « Test Écohérence obligatoire » du parti qui n’existe pas — voir plus bas — va plus loin : toute décision publique majeure documente ses dépendances, ses verrous, ses trajectoires à 2, 5 et 10 ans et ses effets sur les cinq capitaux avant d’être adoptée.
  2. Un budget à indicateurs physiques. Hectares protégés, kilowattheures, mètres cubes d’eau, tonnes de matières, à côté des dollars. Sans chiffre physique, pas de reddition de comptes.
  3. Des cibles de territoire inscrites dans la loi : 30 % d’aires protégées d’ici 2030, des corridors écologiques, la restauration des bandes riveraines en milieu agricole.

Pour les municipalités et les régions

  1. Cartographier avant de bâtir. Zones inondables, milieux humides, nappes : savoir ce qu’on a avant de décider où construire. Deux outils existent déjà dans le portefeuille de référence : une carte de risque climatique opposable qui contraint l’urbanisme et un certificat de capacité des réseaux d’eau avant toute nouvelle autorisation.

Pour les médias et les citoyens

  1. Poser la question en conférence de presse : « Cette mesure renforce-t-elle ou consomme-t-elle le capital naturel ? » Trois secondes, une réponse.
  2. Suivre un observatoire indépendant, avec un tableau de bord public des cinq capitaux mis à jour chaque année, pour savoir où l’on en est avant le prochain scrutin.

Après le vote : trois rendez-vous

Le capital naturel n’a pas besoin d’un grand plan de plus. Il lui faut des rendez-vous.

Pendant les cent premiers jours, un porteur du capital naturel au sein du gouvernement, avec un mandat transversal : regarder chaque mesure des autres ministères. Au premier budget, les indicateurs physiques publiés à côté des montants. Même incomplet, le premier tableau change la conversation. À mi-mandat, un bilan de l’évolution des cinq capitaux, pas seulement du PIB.

Ce qui est déjà en route

Rien de tout cela n’est sorti de nulle part. La richesse nationale de l’Institut de la statistique du Québec et les indicateurs du G15+ vont déjà dans ce sens. La comptabilité élargie de la valeur, que l’Institut d’Écohérence expérimente, cherche à rendre visible l’arbitrage entre capitaux sans remplacer les comptes financiers, et sans transformer la nature en actif qu’on revend. Un capital invisible devrait rester, idéalement, sous la gouvernance des populations locales.

Le parti qui n’existe pas, et les scientifiques du SAEQ

Pour ne pas rester dans la critique, l’Institut a composé un portefeuille de référence, « le parti qui n’existe pas » : soixante-douze mesures notées sur les mêmes dix attributs, conçues pour combler les angles morts des programmes réels. Il alimente le programme écohérent idéal.

Côté nature, on y trouve la cible de 30 % d’aires protégées d’ici 2030 (PX41), les corridors écologiques et l’agriculture régénératrice (PX67), la restauration des bandes riveraines (PX68), le Plan Eau 2035 (PX34), le BAPE générique sur l’eau (PX42), le budget à indicateurs physiques obligatoires (PX70) et l’observatoire indépendant Écohérence (PX57).

Ces mesures rejoignent les demandes du Collectif de scientifiques pour l’action environnementale du Québec (SAEQ), dont le mémoire électoral du 8 septembre 2026 réunit près de soixante-dix scientifiques. Deux de ses six thématiques touchent notre sujet : la protection de la biodiversité et des milieux naturels, et celle des réserves d’eau douce. Le mémoire du Collectif est public, et notre comparatif le confronte aux mesures des partis.

Les chiffres derrière cet article

Capital naturel : note moyenne de 0,92 sur 5, comparée aux quatre autres capitaux
Figure 1 : note moyenne du capital naturel comparée aux quatre autres capitaux — 217 mesures actives, notes sur 5.

Source : Institut d’Écohérence, classeur Québec 2026 (v73), photo du 3 octobre 2026.

Photo du 3 octobre 2026 : 217 mesures actives des cinq partis, notées de 0 à 5 selon la même grille.

  • Le capital naturel obtient 0,92 sur 5 en moyenne, la note la plus basse des cinq capitaux — humain et social 2,72, institutionnel 2,29, productif 1,94, physique 1,63.
  • 73 mesures sur 217 — 34 % — obtiennent zéro. Seules 18 — 8 % — obtiennent 3 ou plus, et 167 — 77 % — obtiennent 1 ou moins.
  • Par thème : alimentation et agriculture 1,5, communs et territoires 0,88, État de droit 0,10. Seule l’énergie se détache, à 2,2, sur 6 mesures.
  • Par parti : de 0,69 à 1,13. Aucun ne dépasse 1,13.
  • Pour atteindre 2 sur 5, il faudrait environ 59 mesures de plus qui passent de 0 à 4.

Les limites, maintenant. Ces notes mesurent des engagements publics, pas des résultats. Un 0 veut dire « effet non identifiable dans le texte », pas « effet négatif ». Une moyenne pèse plus lourd là où il y a plus de mesures, c’est-à-dire du côté du social. La notation est préparée avec des outils d’IA, relue et signée par l’Institut.

Prochain article L’écart entre ce qu’on promet et ce qu’on peut livrer
Lire l’article 2 →
Institut d’Écohérence, analyse bénévole, indépendante et non partisane. Source des chiffres : classeur Québec 2026 (v73), photo du 3 octobre 2026, 217 mesures actives des cinq partis. Notation préparée avec des outils d’IA, relue et signée par l’Institut.

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