
Bilan de campagne Québec 2026 – Article 4/4

Institut d’Écohérence – Bilan de campagne Québec 2026 – Article 4/4
TH7, le fourre-tout : quand une catégorie finit par tout contenir
Un thème de notre grille a fini par accueillir presque la moitié des mesures de la campagne. Un tiroir qui ne ferme plus : comment le ranger, et comment lire nos chiffres en attendant.
Un mot de contexte
Pour lire une campagne, il faut des tiroirs. Dans la grille de l’Institut d’Écohérence, ce sont les neuf leviers.
L’Institut d’Écohérence lit les programmes électoraux avec une grille à deux étages, expliquée dans trois articles :
les neuf leviers disent où regarder (énergie, mobilité, logement, alimentation, industrie, finance, communs et territoires, démocratie, État de droit). Voir la série sur les neuf leviers ;
les dix attributs disent comment juger ce qu’on y trouve : diagnostic, verrou, financement, mise en oeuvre, indicateurs et cinq autres filtres. Voir la série sur les dix attributs ;
les cinq capitaux invisibles disent ce qu’on protège, et que le PIB ne voit pas : humain et social, naturel, physique, productif, institutionnel. Voir l’article sur les cinq capitaux.
Cet article porte sur le septième levier, Communs, territoires et communautés, qu’on abrège TH7. Sa définition publique est précise : il rassemble les risques qui frappent d’abord à l’échelle locale, c’est-à-dire les réseaux d’eau défaillants, les inondations, les incendies et la perte d’écosystèmes. L’idée est de renforcer la capacité des communautés à connaître leurs risques, à les prévenir et à se relever. Le détail de chaque levier est dans nos heatmaps.
Un tiroir qui ne ferme plus
Pendant la campagne, les partis ont multiplié les annonces sociales : soutien à domicile, itinérance, soins de première ligne, garde, culture, organismes communautaires. Faute de thème pour les accueillir, elles ont atterri en TH7. Le mot « communautés » les attirait comme un aimant.
Résultat : un thème conçu pour le vivant et les territoires est devenu, en grande partie, un thème de santé et de services. Les mesures qui touchent vraiment l’eau, les forêts, l’air et les milieux naturels y forment une petite minorité.
Aucun parti n’est en cause. Tous ont tiré leurs annonces vers le social. La campagne a poussé de ce côté, la grille a suivi.
Comment un tiroir devient une armoire
Chaque mesure reçoit un thème principal et, au besoin, des liens vers d’autres thèmes. Or TH7 est le seul tiroir dont le nom est lui-même un fourre-tout : « communs », « territoires », « communautés ». Presque tout ce qui touche des gens, des quartiers ou des services publics peut s’y ranger.
Quand un tiroir contient presque la moitié des vêtements, ce n’est plus un tiroir. C’est une armoire sans étagères.
Pourquoi c’est un problème
Un thème-tiroir dilue. Sa moyenne est un compromis statistique entre des mesures qui n’ont rien en commun : un bon plan forestier et la bonification d’un crédit pour aînés ne se comparent pas, ils n’ont pas le même objet.
Alors, que lit-on dans la note de TH7 ? Si vous y voyez « ce que les partis font pour l’eau et les écosystèmes », vous vous trompez. Si vous y voyez « ce que les partis font pour les communautés », vous avez raison, mais ce n’est plus la question de départ. Et l’eau, enjeu central du levier, y perd sa ligne et son chiffre : elle se noie parmi des dizaines de mesures sans lien.
Ce que cela change pour l’eau
L’eau est l’exemple le plus parlant. Le levier a été pensé pour en faire un enjeu central : réseaux défaillants, capacité des municipalités, protection de la ressource. Dans les faits, les mesures qui la concernent directement forment une poignée, noyée dans un thème où dominent les services de santé. Sans ligne à elle, l’eau n’a pas de chiffre à elle, et personne ne peut dire si l’effort public est à la hauteur du besoin.
Le portefeuille de référence remet l’eau au centre : un plan de mise à niveau des réseaux à l’échelle du déficit documenté, un certificat de capacité avant tout nouveau développement, des compteurs, un BAPE générique. Ces mesures ne forment un ensemble lisible que si le tiroir est bien rangé.
Cinq gestes concrets
Pour l’Institut, et pour toute grille d’analyse
Scinder TH7 à la prochaine révision : un thème « Eau, milieux et territoires » et un thème « Services sociaux et communautés ». Chaque tiroir retrouve un sens, et la couverture se lit sans artefact. C’est une proposition, la décision revient à l’Institut. Elle a un coût : rompre la comparabilité avec les séries déjà publiées, qu’on peut compenser en recalculant les points passés avec la nouvelle structure. Deux autres options existent : garder TH7 en ajoutant un sous-indicateur nature, ou ne rien changer et annoter.
Annoter chaque chiffre TH7 en attendant, en précisant sa composition. C’est le minimum.
Appliquer la règle du tiers : un thème ne devrait pas dépasser un tiers des mesures. Au-delà, il est mal découpé ou cache plusieurs sujets.
Pour le lecteur
Regarder la composition avant la moyenne. Descendre au détail des mesures du catalogue. Le score d’un thème est un résumé, pas un verdict.
Comparer ce qui est comparable. Avant de confronter deux thèmes, regarder combien de mesures chacun contient. Une moyenne sur une poignée de mesures et une moyenne sur une centaine ne pèsent pas pareil.
Le vrai noyau de TH7 : le parti qui n’existe pas et le SAEQ
Que réclame le septième levier ? Il suffit de regarder son noyau d’origine : l’eau, le risque climatique, les milieux naturels. Le portefeuille de « le parti qui n’existe pas » en propose quinze en TH7, dont :
sur l’eau : le Plan Eau 2035 (PX34), la réduction des fuites du réseau (PX38), les compteurs d’eau et la facturation à l’usage (PX39), le certificat de capacité cumulative eau et égouts (PX33), le double réseau d’eau non potable (PX40), le BAPE générique sur l’eau (PX42) ;
sur le risque : le zonage de risque climatique opposable (PX35), la flotte aérienne de lutte contre les feux de forêt (PX46), le plan de préparation sanitaire aux risques climatiques (PX43) ;
sur le vivant : la cible de 30 % d’aires protégées (PX41), l’accès public aux berges (PX45), les chantiers de restauration écologique (PX47) ;
sur la dimension sociale du levier : Communautés autonomes 2035 (PX37), qui finance les réseaux de proximité, le soutien à domicile et les aidants, et le budget de prévention en santé protégé (PX36).
Elles rejoignent deux thématiques du Collectif SAEQ (mémoire du 8 septembre 2026) : la protection des réserves d’eau douce, et l’accompagnement de la société face aux changements climatiques. Voir le mémoire du Collectif et le programme écohérent idéal.
Comment lire les trois autres articles
Ce texte sert aussi de mode d’emploi. Les moyennes par thème sont des moyennes de tiroirs : plus le tiroir est hétérogène, moins sa moyenne dit quelque chose. La note du capital naturel de l’article 1 et l’écart promesse-exécution de l’article 2 sont calculés sur l’ensemble des mesures, pas thème par thème. TH7 y pèse lourd, ce qui tire la moyenne du capital naturel vers le bas sans changer le constat. L’article 3 élargit ensuite la réflexion à la résilience du Québec à l’horizon 2050 et aux plans B à préparer dès maintenant.
Ce rangement ne change d’ailleurs rien aux conclusions des deux premiers articles. Le capital naturel reste bas dans presque tous les autres thèmes, et l’écart promesse-exécution se retrouve partout. TH7 déforme l’échelle, pas la direction.
Une taxonomie est une hypothèse, pas une vérité. Celle-ci a été pensée avant la campagne, la campagne l’a mise à l’épreuve, et TH7 a craqué. Corriger la grille vaut mieux que la défendre. C’est aussi ce qu’on attend des partis : reconnaître ce qui n’a pas marché, ajuster, republier.
Les chiffres derrière cet article
Source : Institut d’Écohérence, classeur Québec 2026 (v73), photo du 3 octobre 2026.
Photo du 3 octobre 2026 : 217 mesures actives des cinq partis.
TH7 contient 97 mesures sur 217 (45 %). Même en comptant les liens secondaires, il pèse 122 des 325 liens mesure-thème (38 %).
12 mesures sur 97 (12 %) touchent la nature, l’eau ou l’air. 51 relèvent de la santé, des aînés et de l’itinérance.
Capital naturel : 2,8 sur 5 pour ces 12 mesures, 0,6 pour les 85 autres, 0,88 pour l’ensemble du thème. Sans les seules mesures de santé, la moyenne du thème passerait à 1,37.
La meilleure couverture de TH7 par un parti est passée de 3,23 à 2,68 entre le 4 septembre et le 3 octobre, après l’ajout de 73 mesures : un effet de dilution, pas un recul des partis.
Part des mesures de chaque parti classée en TH7 : de 33 % (PCQ) à 58 % (CAQ).
Les limites, maintenant. Le regroupement par sous-catégories est fait par mots-clés : il est indicatif et peut varier de quelques mesures. Un thème plus petit n’est pas pour autant mieux couvert, il est seulement plus lisible. La notation est préparée avec des outils d’IA, relue et signée par l’Institut.
Cet article est une page de référence : on la mettra à jour quand la grille changera.
Institut d’Écohérence, analyse bénévole, indépendante et non partisane. Source des chiffres : classeur Québec 2026 (v73), photo du 3 octobre 2026, 217 mesures actives des cinq partis. Notation préparée avec des outils d’IA, relue et signée par l’Institut.


