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Les cinq capitaux invisibles : la richesse que le PIB ne sait pas voir

Nous jugeons encore largement la réussite d’une société à partir de ce qu’elle produit et consomme chaque année. Le produit intérieur brut mesure ces flux économiques. Il comptabilise les biens et services échangés, mais dit très peu de choses sur l’état des fondations qui permettent à cette activité de continuer.

Une économie peut afficher de la croissance tout en épuisant ses travailleurs, en dégradant ses sols, en laissant vieillir ses infrastructures, en perdant ses savoir-faire ou en affaiblissant ses institutions. Le cercle vicieux c’est que le PIB augmente parfois précisément parce qu’il faut réparer les dégâts : reconstruire après une inondation, traiter davantage de maladies évitables ou remplacer prématurément des équipements mal entretenus.

Pour évaluer une politique publique sérieusement, il faut donc regarder au-delà des flux monétaires et examiner l’évolution de cinq capitaux : humain-social, naturel, physique, productif et institutionnel.

Ces capitaux sont « invisibles » dans les comptes traditionnels, mais ils soutiennent toute la richesse réelle, la capacité de résilience. Les préserver ne suffit d’ailleurs plus toujours : lorsqu’ils sont déjà dégradés, il faut les régénérer. Les mesurer c’est déjà améliorer les choses, mais attention à ne pas tomber dans le piège de la financiarisation : cette évaluation ne doit pas servir à créer un actif capitalisable, monétisable et échangeable. Un capital invisible devrait rester régional et sous la gouvernance de sa population locale, et pour son propre compte.

Voir au-delà du PIB Pour évaluer une politique publique sérieusement, il faut examiner l’évolution de cinq capitaux : humain-social, naturel, physique, productif et institutionnel. Lorsqu’ils sont déjà dégradés, les préserver ne suffit plus : il faut les régénérer.
Capital humain-social

1. Capital humain-social

Une société dans laquelle les citoyens sont formés, en bonne santé et capables d’agir collectivement dispose d’une force économique considérable, même si celle-ci n’apparaît pas directement dans le PIB.

Ce capital se dégrade lorsque les travailleurs s’épuisent, lorsque l’accès à l’éducation devient inégal, lorsque les métiers essentiels perdent leurs compétences critiques ou lorsque la méfiance fragilise la coopération.

Exemple de bonne pratiqueFinancer durablement la formation professionnelle, la santé préventive, la transmission des savoirs et les espaces de participation.
Contre-exempleLancer un vaste programme de rénovation sans disposer des techniciens nécessaires : les budgets sont annoncés, mais les projets sont retardés, les coûts augmentent et la confiance se dégrade.

2. Capital naturel

L’économie ne produit ni l’eau, ni la fertilité des sols, ni la stabilité du climat. Elle utilise ces conditions préexistantes, souvent comme si elles étaient gratuites et illimitées.

Lorsqu’une agriculture épuise les sols pour accroître ses rendements immédiats, elle transforme une partie de son capital naturel en revenu courant. Le capital naturel doit être suivi comme une infrastructure vitale.

Exemple de bonne pratiqueRémunérer et mesurer la restauration des fonctions écologiques : couverture permanente des sols, réduction des intrants, diversification des cultures et restauration de la matière organique.
Contre-exempleSubventionner uniquement le volume produit sans mesurer l’érosion, la qualité de l’eau ou la dépendance aux engrais importés.
Capital naturel
Capital physique

3. Capital physique

Le capital physique regroupe les bâtiments, routes, réseaux électriques, transports collectifs, aqueducs, égouts et équipements publics. Leur valeur dépend aussi de leur état, de leur utilité et de leur capacité à rester opérationnels sous contrainte.

Construire davantage n’augmente pas automatiquement la richesse réelle. Une infrastructure robuste doit être entretenue, adaptable et suffisamment redondante.

Exemple de bonne pratiqueSoumettre chaque grand projet à une analyse de capacité cumulative et de résilience avant son autorisation.
Contre-exempleÉvaluer chaque projet isolément en supposant que les réseaux pourront absorber la croissance : dix décisions acceptables séparément peuvent produire collectivement une saturation majeure.

4. Capital productif

Le capital productif désigne les outils, les technologies, les ateliers, les chaînes d’approvisionnement, les procédés et les savoir-faire permettant de produire les biens et services essentiels.

La souveraineté ne signifie pas tout produire localement. Elle suppose d’identifier ce qui est critique, de diversifier les approvisionnements et de conserver une capacité minimale d’action, de réparation et d’adaptation.

Exemple de bonne pratiqueSoutenir des filières locales dans les domaines essentiels, développer la maintenance, le réemploi et la transformation des matières.
Contre-exempleSubventionner la consommation d’un équipement importé sans développer les compétences, les pièces et les capacités de réparation correspondantes.
Capital productif
Capital institutionnel

5. Capital institutionnel

Le capital institutionnel réunit les lois, les administrations, les mécanismes de contrôle, la justice, la qualité de l’information et la confiance dans les règles du jeu. C’est l’infrastructure politique de la société.

Une bonne politique dépend de sa capacité à survivre aux alternances, aux pressions particulières et aux crises. Le capital institutionnel se renforce lorsque les citoyens comprennent les décisions et peuvent en vérifier les résultats.

Exemple de bonne pratiqueInscrire les objectifs durables dans la loi, attribuer clairement les responsabilités, garantir les ressources d’exécution et publier des indicateurs vérifiables.
Contre-exempleAnnoncer une cible à vingt-cinq ans sans jalons intermédiaires, financement stable ni mécanisme correctif.

Faire progresser les cinq capitaux ensemble

Ces cinq capitaux ne sont pas indépendants. Restaurer les sols exige des compétences et des institutions. Moderniser un réseau électrique nécessite des infrastructures, des entreprises capables de les construire et la confiance des communautés.

Une mesure n’est donc pas régénérative parce qu’elle améliore un indicateur isolé. Elle le devient lorsqu’elle produit une progression cohérente des cinq capitaux — ou lorsqu’elle évite au minimum d’en sacrifier un au bénéfice d’un autre.

La bonne question n’est plus seulement : « Combien cette politique rapporte-t-elle ? » Elle devient : « Que laisse-t-elle derrière elle ? »

Une autre façon de mesurer la richesse

Avec son approche expérimentale de Comptabilité Élargie de la Valeur, l’Institut d’Écohérence cherche à rendre visibles ces arbitrages. L’objectif n’est pas de remplacer les comptes financiers, mais de les compléter pour que les décisions prises aujourd’hui ne soient plus financées silencieusement par les générations de demain.

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matrice de transition vers l'écohérence

Une promesse électorale, ça s’évalue. Voici avec quoi.

On aime beaucoup une promesse électorale le jour de l’annonce, et on la revérifie rarement le jour où elle devait produire un effet…
Après les neuf leviers qui cartographient les vulnérabilités du Québec (voir notre série précédente), l’Institut d’Écohérence propose la deuxième dimension de sa grille : dix attributs pour évaluer n’importe quelle promesse, dans n’importe quel programme, indépendamment de la couleur du parti qui la porte.
Ce ne sont pas des critères d’opinion. Ce sont des filtres factuels, qui séparent une intention d’un mécanisme, et chacun mérite qu’on explique pourquoi il compte pour la vision qu’on essaie d’atteindre : des politiques qui protègent réellement l’avenir, pas seulement des politiques qui en parlent bien.

Le principe Ces dix attributs ne jugent pas l’intention politique. Ils testent la solidité d’une promesse : son diagnostic, sa durabilité, son ambition, ses moyens, son exécution et sa capacité à produire des résultats vérifiables.
Attribut 1 — Diagnostic du problème

1. Diagnostic du problème

On ne répare pas ce qu’on n’a pas nommé correctement. Une mesure électorale qui traite un symptôme sans identifier la cause réelle produit un soulagement temporaire pendant que le problème continue de s’aggraver sous la surface.

C’est le premier filtre de la grille : avant de juger l’ambition, le financement ou les indicateurs d’une promesse, on vérifie si elle repose sur un diagnostic exact. Empêcher ce qui nuit au futur commence par voir juste, pas par agir vite.

Exemple d’approche inadéquate Plafonner les loyers sans avoir établi si la crise du logement vient d’abord de la pénurie, de la spéculation, ou des deux.

2. Verrou systémique

Une réforme qu’on peut défaire en un mandat est un sursis. Cet attribut demande si une mesure impose un changement structurel au-delà d’une décision administrative réversible au prochain changement de gouvernement.

Ce qui est en jeu, c’est la différence entre un acquis et une intention. Protéger le futur, c’est verrouiller ce qui a été gagné dans la loi, dans les infrastructures ou dans les institutions, pas seulement dans un communiqué de presse.

Exemple d’approche inadéquate La gratuité du transport en commun financée par une ligne budgétaire annuelle plutôt qu’inscrite dans une loi ou une formule de financement récurrente.
Attribut 2 — Verrou systémique
Attribut 3 — Solution régénérative

3. Solution régénérative

Ne pas nuire n’est pas suffisant : il faut régénérer, c’est-à-dire laisser le temps aux ressources et aux capitaux invisibles de se reconstituer. La question est simple : la mesure restaure-t-elle réellement un capital, ou ralentit-elle seulement sa destruction ?

Ralentir l’épuisement d’un sol, d’une compétence ou d’une institution n’est pas la même chose que le régénérer activement. Une grille sérieuse doit distinguer la gestion du déclin d’une transformation réelle.

Exemple d’approche inadéquate Réduire de 20 % l’usage de pesticides plutôt que financer une transition agricole qui restaure durablement la santé des sols.

4. Ambition / transformation

Une mesure qui vise un changement marginal ne modifiera jamais une trajectoire qui nuit au futur. L’enjeu est de savoir si elle change réellement quelque chose à l’échelle du problème ou si elle soigne seulement les apparences.

Les crises climatique, démocratique et institutionnelle ne se résolvent pas par une accumulation de micro-ajustements. La grille pénalise donc l’incrémentalisme déguisé en action lorsqu’il ne modifie pas la direction de fond.

Exemple d’approche inadéquate Présenter 200 autobus scolaires électriques sur un parc de 10 000 comme « la transition énergétique du Québec en marche ».
Attribut 4 — Ambition / transformation
Attribut 5 — Financement & faisabilité

5. Financement & faisabilité

Une promesse sans financement crédible reste une intention. Cet attribut vérifie si les chiffres tiennent et si les moyens réels existent pour transformer l’annonce en action.

Empêcher ce qui nuit au futur exige des ressources, pas seulement des convictions. C’est aussi l’attribut qui oblige à parler de priorités : on ne peut pas tout financer en même temps.

Exemple d’approche inadéquate Annoncer « 3 milliards $ pour le logement abordable » sans préciser d’où vient l’argent ni selon quel échéancier il sera engagé.

6. Mise en œuvre & capacité

Le mécanisme est-il clair ? Qui l’exécute, avec quelles ressources et dans quel délai ? Cet attribut ferme la porte aux mesures séduisantes qui n’ont aucun chemin d’exécution réaliste.

Sans capacité de mise en œuvre, une ambition régénérative reste un vœu pieux. Le financement dit si les moyens existent ; la mise en œuvre dit si quelqu’un sait concrètement s’en servir.

Exemple d’approche inadéquate Promettre d’embaucher 1 000 nouveaux enseignants en un an alors que les capacités de formation ou le bassin de candidats ne permettent pas de les recruter.
Attribut 6 — Mise en œuvre & capacité
Attribut 7 — Horizon temporel

7. Horizon temporel

Une mesure qui ne produit ses effets qu’après plusieurs cycles électoraux risque de ne jamais être protégée par personne. Cet attribut demande des résultats visibles à 2, 5 et 10 ans, pas seulement une cible lointaine.

Sans jalons intermédiaires, le futur reste un slogan que le prochain mandat peut ignorer sans coût politique. Une transformation crédible doit montrer des premiers résultats avant même la fin du mandat qui l’a lancée.

Exemple d’approche inadéquate Une cible de carboneutralité en 2050 sans jalon vérifiable à 2028, 2031 ou 2035.

8. Citoyens & appropriation

Une réforme que les citoyens ne comprennent pas ne survivra pas au premier changement de gouvernement. Cet attribut demande si les gens y gagnent un bénéfice direct et compréhensible.

Sans appropriation citoyenne, il n’y a pas de verrou politique durable. Protéger le futur passe par des gens qui défendent une mesure parce qu’ils en comprennent les effets concrets sur leur quotidien.

Exemple d’approche inadéquate Expliquer une réforme de la fiscalité municipale uniquement comme une « révision du cadre de péréquation » sans dire ce que cela change réellement pour les citoyens et les municipalités.
Attribut 8 — Citoyens & appropriation
Attribut 9 — 5 capitaux renforcés

9. 5 capitaux renforcés

Une mesure qui renforce un capital en détruisant un autre ne constitue pas un progrès : elle déplace le problème. Cet attribut vérifie que les cinq capitaux — naturel, physique, productif, humain/social et institutionnel — progressent ensemble.

La richesse réelle d’un territoire dépasse ce que captent les indicateurs économiques usuels. La confiance, les compétences, les écosystèmes et la solidité des institutions soutiennent eux aussi durablement l’économie.

Exemple d’approche inadéquate Électrifier une mine de lithium tout en déplaçant une communauté sans consultation ni compensation : le progrès d’un capital se fait alors au détriment d’un autre.

10. Mesure & indicateurs

Une politique qu’on ne peut pas mesurer ne peut être ni défendue ni corrigée. Sans indicateurs de suivi, « régénératif » et « protéger le futur » restent des mots qu’on peut utiliser dans n’importe quel discours.

Cet attribut ferme la boucle : mesurer, comparer, corriger et rendre compte. Les effets réels doivent être confrontés à une cible, publiés et utilisés pour ajuster l’action.

Exemple d’approche inadéquate Annoncer une stratégie de biodiversité sans indicateur public permettant de vérifier, cinq ans plus tard, si les milieux naturels protégés ont réellement progressé.
Attribut 10 — Mesure & indicateurs

Ce qui relie les dix attributs

Aucun attribut ne suffit à lui seul. Une mesure bien financée mais sans verrou systémique peut disparaître au mandat suivant. Une mesure ambitieuse mais sans indicateurs ne pourra jamais être défendue ni corrigée.

Ensemble, les dix attributs cherchent une cohérence durable : freiner ce qui nuit, accélérer ce qui est bénéfique et régénératif, et vérifier que l’effet réel suit l’intention annoncée.

La question devient : « Est-ce que cette promesse tient sur les dix points qui font la différence entre une réforme et un communiqué de presse ? »

Les deux dimensions de la matrice

Les neuf leviers disent où regarder. Les dix attributs disent comment juger ce qu’on y trouve. Ensemble, ils forment une grille complète d’analyse des promesses électorales.

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Élections 2026 : et si on lisait un programme électoral par ses failles, pas par ses promesses ?

On juge presque toujours un programme électoral par ses annonces, ses montants et son échéancier. Cette lecture est légitime, mais elle dit rarement ce que le système est réellement capable d’encaisser. L’Institut d’Écohérence propose une autre grille : neuf leviers pour regarder la résilience, la régénération et la capacité collective à protéger le futur.

Le principe directeur Empêcher ce qui nuit à l’avenir et privilégier ce qui régénère, plutôt que ce qui se contente de ralentir la dégradation.
Levier 1 — Énergie : comparaison entre un réseau fragile et un réseau énergétique redondant et résilient.

1. Énergie

Un système énergétique qui ne pense qu’en croissance de l’offre est fragile par construction : chaque nouvelle pointe de demande devient un risque de rupture, parce que la seule réponse qu’on lui connaît est de produire davantage, jamais de répartir autrement. Concrètement, cela donne une production très centralisée, mono-technologie et un réseau linéaire ou dépendant de peu de sources : quand un nœud critique est surchargé, la défaillance se propage et des territoires entiers basculent dans le noir.

La vision visée n’est pas simplement de « produire plus d’énergie propre », mais de bâtir un réseau maillé, avec plusieurs chemins possibles à tous les niveaux : maison, bloc, village, région. Hydroélectricité, éolien, géothermie, solaire individuel et collectif, stockage, production distribuée, efficacité et flexibilité de la demande deviennent complémentaires. Le régénératif en énergie commence par la redondance.

Exemple d’approche inadéquate Annoncer 2 000 MW d’hydroélectricité de plus sans toucher au maillage du réseau : un verglas régional peut quand même priver des dizaines de municipalités d’électricité pendant des jours.

2. Mobilité

Un territoire, une zone habitée ou industrielle, qui dépend d’un seul mode de transport n’a pas de plan B : il a une seule façon de tomber en panne. C’est vrai à l’échelle d’une ville engorgée par l’automobile individuelle, d’une région où seule la voiture permet de se déplacer, et tout autant pour les marchandises.

La vision recherchée est un réseau multimodal combinant route, rail, transport collectif, mobilité active et voie maritime, avec des pôles d’échange qui permettent de changer de mode plutôt que de rester coincé dans un seul. En mobilité, la résilience consiste à diversifier les chemins possibles avant que le choc n’impose le choix à notre place.

Exemple d’approche inadéquate Un village sans ligne de bus locale, taxi ou covoiturage organisé : les habitants n’ont d’autre choix que de posséder une voiture, parfois plusieurs par famille.
Levier 2 — Mobilité : dépendance à un seul mode de transport comparée à un réseau multimodal.
Levier 3 — Logement et bâti : construction vulnérable comparée à un bâti adapté au climat réel.

3. Logement et bâti

On continue souvent à construire pour un climat qui n’existe déjà plus. Bâtiments vulnérables à la chaleur et aux pluies extrêmes, surfaces imperméables sans ombre, conduites d’eau et d’égouts sous-dimensionnées : chaque nouvelle construction non adaptée devient une dette d’adaptation reportée sur les prochaines années.

Bâtiments efficaces et ombragés, gestion intégrée de l’eau, réseaux correctement dimensionnés, fuites traquées et colmatées, sols vivants et perméables : voilà ce qui distingue un quartier capable de traverser un choc climatique d’un quartier qu’il faudra reconstruire deux fois. Le régénératif n’est pas une option esthétique ajoutée après coup.

Exemple d’approche inadéquate Annoncer 10 000 logements neufs sans norme de résilience climatique : une partie du parc à peine livré pourrait devoir être reconstruite après de futures inondations.

4. Alimentation et agriculture

Un territoire qui importe sa nourriture et dégrade ses sols en même temps perd sur les deux tableaux. Dépendance aux intrants importés, transformation éloignée et épuisement progressif des sols ne sont pas trois problèmes séparés : chaque maillon fragilise le suivant, et l’effet cumulatif finit par remonter jusqu’à l’assiette.

La vision repose sur des sols vivants, une transformation régionale et une chaîne diversifiée plutôt que sur une dépendance stratégique unique. Régénérer les sols, c’est régénérer la sécurité alimentaire et le capital naturel du territoire.

Exemple d’approche inadéquate Une aide aux producteurs qui demeure entièrement dépendante d’engrais et de semences importés : une rupture d’approvisionnement mondial peut couper la production locale malgré la terre disponible.
Levier 4 — Alimentation et agriculture : dépendance aux importations et sols épuisés comparés à un système alimentaire résilient.
Levier 5 — Industrie, consommation et matières : dépendance productive comparée à une capacité stratégique locale et circulaire.

5. Industrie, consommation et matières

Quand la capacité stratégique de produire est ailleurs, la souveraineté qu’on affiche n’est qu’une façade. Dépendre des chaînes mondiales pour ce qui est critique, tout en ne gardant localement que la fonction de consommer puis de jeter, c’est perdre la capacité d’agir précisément au moment où elle devient indispensable.

Le levier consiste à rapatrier la capacité de produire, réparer, réemployer et retransformer. Un territoire résilient conserve des échanges extérieurs, mais sans dépendance critique unique : c’est la différence entre échanger par choix et dépendre par défaut.

Exemple d’approche inadéquate Une stratégie de « batteries vertes » qui rapatrie l’assemblage mais garde 100 % des minéraux critiques importés d’un seul pays ou d’un très petit nombre de pays.

6. Finance et fiscalité

Neuf leviers, neuf mécanismes de financement dispersés et, trop souvent, aucune vue d’ensemble. Sans lecture transversale, l’argent de la transformation se disperse en silos budgétaires qui finissent par se concurrencer au lieu de se renforcer.

La comptabilité élargie de la valeur (CEV) sert ici de lentille transversale : elle permet d’évaluer les effets croisés, les interdépendances et ce que la comptabilité financière traditionnelle ne voit pas. Ce levier n’ajoute pas une nouvelle source de financement : il rend l’allocation des ressources plus cohérente.

Exemple d’approche inadéquate Un crédit d’impôt vert, un fonds d’électrification et une subvention agricole gérés par trois ministères sans tableau de bord commun permettant d’en voir le bénéfice collectif.
Levier 6 — Finance et fiscalité : financements dispersés comparés à une comptabilité élargie de la valeur.
Levier 7 — Communs, territoires et communautés : attente d’une réponse distante comparée à une capacité territoriale de résilience.

7. Communs, territoires et communautés

Un écosystème qui s’effondre ne prévient pas à l’avance. Réseaux d’eau défaillants, inondations, incendies, perte d’écosystèmes : ces risques frappent d’abord au niveau local, souvent bien avant qu’ils n’apparaissent dans les statistiques nationales.

Protéger le futur, ici, c’est renforcer la capacité des communautés et des territoires à connaître leurs risques, les prévenir, agir et se relever. Des communautés autonomes dans l’action, soutenues par l’expertise et les ressources de l’État : c’est l’équilibre recherché.

Exemple d’approche inadéquate Une municipalité inondée trois fois en cinq ans doit chaque fois attendre l’aide d’urgence du gouvernement plutôt que de disposer d’un fonds et d’un plan de résilience locaux.

8. Démocratie et participation

Un horizon électoral de quatre ans ne peut pas porter seul une transformation qui se joue sur cinquante ans. Silos institutionnels, faible agentivité citoyenne et manque de capacité systémique font que la démocratie gère surtout le présent, alors que les arbitrages concernent aussi l’avenir.

La vision est celle d’une démocratie du temps long, reposant sur la participation, la prospective, l’arbitrage et la continuité. Le vote reste indispensable, mais il doit être soutenu par des mécanismes capables de penser au-delà du prochain mandat.

Exemple d’approche inadéquate Un plan climatique à horizon 2050 adopté sans mécanisme institutionnel capable de survivre à un changement de gouvernement.
Levier 8 — Démocratie et participation : horizon électoral court comparé à une démocratie du temps long.
Levier 9 — État de droit, souveraineté et résilience : dépendance numérique critique comparée à une capacité d’État robuste et redondante.

9. État de droit, souveraineté et résilience

Un seul point de défaillance suffit à paralyser un État, surtout lorsqu’il dépend d’une infrastructure numérique étrangère. Points uniques de défaillance, dépendances numériques, continuité insuffisante et horizon court : ce levier porte sur la robustesse de l’État lui-même.

Protéger le futur commence par protéger la capacité de l’État à continuer de fonctionner quand tout le reste vacille : architecture redondante, maîtrise des infrastructures critiques, continuité des services et capacité institutionnelle durable.

Exemple d’approche inadéquate Les données de santé ou d’identité numérique du Québec hébergées chez un seul fournisseur infonuagique étranger, sans copie de secours sous juridiction québécoise.

Ce qui relie ces neuf leviers

Un système fragile concentre tout sur un seul chemin, dépend de manière excessive de l’extérieur ou reporte la dette sur son capital invisible. Un choc suffit alors à produire de grandes perturbations.

Un système résilient et régénératif distribue : plusieurs chemins, plusieurs sources et une capacité d’absorber le coup sans s’effondrer.

La question à poser devant chaque promesse n’est donc pas seulement « est-ce une bonne idée ? », mais : « qu’est-ce qui casse, dans cinq ou dix ans, si on continue comme ça — et cette mesure change-t-elle réellement le point de rupture ? »

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Les surplus d’électricité du Québec

Les surplus d’électricité du Québec

Warren Buffet, Richard Branson : la décennie de tous les dangers … et de toutes les opportunités

Hydro-Québec nagerait dans les surplus d’électricité. Est-ce un problème ? Oui, si on suppose une continuité dans la situation mais si ce n’est pas le cas, ces surplus pourraient disparaître rapidement. Voici pourquoi.

 

Pour le moment, la majorité de la population accepte que les gouvernements ne s’occupent pas des changements climatiques. S’attaquer au problème semble au-dessus de nos forces, en dehors du champ des possibilités. Cette situation toutefois est vraisemblablement sur le point de changer. Pourquoi ? Parce que les créatifs culturels, ces changeurs de société, grandissent. Leur nombre est, en effet, en augmentation constante alors que le nombre de modernes, ces personnes qui pensent que nous vivons dans le bon système, ou dans le seul possible, diminue. Le ratio qui était de 25% et 50% dans les années 90 est maintenant de 35% et 40%.

Pour vous en convaincre, je vous invite à écouter cet enregistrement de Paul Ray, celui qui a découvert l’émergence des créatifs culturels dans les années 90. Sa démonstration est édifiante.

 

S’il a raison, et je crois qu’il a raison, puisque c’est conforme à ce que je rencontre sur le terrain, alors la balance du pouvoir est sur le point de changer. Les modernes, ces conformistes, ne représentent plus que 40% de la société alors que les créatifs culturels eux sont devenus 35%. Et la transformation se poursuit. Au fur et à mesure que le système démontre son incohérence, le nombre des modernes diminue et celui des créatifs culturels augmente. Le balancier s’inversera bientôt !

L’impact sera réel, l’émergence des créatifs culturels provoquera nécessairement un changement d’attitude face à l’urgence d’agir pour stopper l’accélération des changements climatiques. Ce changement de culture et d’attitude lui résultera nécessairement dans une volonté de s’affranchir de notre dépendance au pétrole dans les plus brefs délais.

Ça veut dire le tout électrique et notamment le transport électrique. Ça veut aussi dire, au Québec, une augmentation de 10 à 20 % de nos besoins d’électricité. Donc, si on veut régler notre problème de surplus d’électricité nous n’avons qu’à entreprendre notre affranchissement des énergies fossiles, notre métamorphose vers l’électricité et, pour combler les manques, entreprendre de transformer notre parc immobilier en producteur d’électricité solaire comme le propose Jeremy Rifkins.

 

S’affranchir de notre dépendance au pétrole ça veut dire aussi réaliser une correction de notre balance commerciale de plus de 20 milliards de dollars. Enfin, ça veut dire le développement d’un nouveau tissu industriel, spécialisé en efficacité énergétique, en transport électrique, en énergie alternative et surtout le développement d’une industrie durable et exportable susceptible de nous faire atteindre le fameux déficit 0.

Qu’attendons-nous pour agir ? L’opportunité est là, à portée de main. Il suffit de décider d’en profiter.

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L’entreprenariat industriel durable

L’entrepreneuriat industriel durable

L’entreprenariat industriel durable

Entrepreneur en voie de disparition

Lancer une entreprise dans ces temps de turbulence est une opération des plus risquée. Plus l’avenir est incertain et plus le risque est grand. Il n’est donc pas surprenant que les candidats entrepreneurs se fassent de plus en plus rares. D’autre part, l’entrepreunariat est une démarche très prenante, elle doit donc mener à des avantages personnels qui justifieront l’effort à consentir. Ces avantages peuvent prendre plusieurs formes.
Dans les sociétés capitalistes, les avantages personnels qui découlent de l’effort d’entreprenariat prennent la forme de la richesse et du pouvoir. La perspective est claire, tu deviens entrepreneur, tu fais des efforts immenses, tu prends tous les risques, tu sacrifies tout, même souvent ta vie de couple et ta famille, mais, au bout de la route, tu pourrais devenir riche et là : c’est la Bonanza! Si tu réussis, tu auras tout, tu feras ce que tu voudras, achèteras ce que tu voudras et surtout les gens t’envieront, ils te respecteront, tu seras estimé, tu appartiendras à la caste des gagnants, des leaders. Cet appel ne semble toutefois plus être aussi bien entendu.
Ainsi, dans cette perspective capitaliste, l’entrepreunariat est une compétition, sa règle de base est libérale et la fin y justifie presque les moyens. C’est une perspective individualiste et cartésienne qui assume que les individus travaillent exclusivement pour leurs avantages personnels, qu’ils génèreront par leur activisme économique une croissance économique nécessaire à l’amélioration de la qualité de vie. Les entrepreneurs seraient les piliers du développement des sociétés, ils en seraient les leviers de croissance.

Entrepreneur en émergence

Dans les sociétés durables, l’entreprenariat sera différent, la recherche de croissance y aura été remplacée par la recherche de consolidation et l’entrepreneur deviendra un consolideur, très différents d’un levier de croissance. C’est presque certainement le futur de l’entreprenariat puisqu’une société durable fonctionnant dans un environnement fini est nécessairement une société qui ne grandit plus, et pour se maintenir sans grandir elle doit se consolider pour faire face au temps.

Pris à l’échelle de la société humaine et de la planète, le besoin de consolidation devient encore plus nécessaire, la société humaine doit cesser de grandir puisqu’elle consomme déjà 150% de ce que la biosphère produit et qu’elle occupe déjà toute la place, en réalité probablement trop de place telle qu’on peut le comprendre en analysant le graphique ci-contre.

Donc pour se développer la société humaine doit cesser de grandir puisque sa croissance génère une destruction de l’environnement, lui qui est essentiel à sa survie tout comme à la qualité de vie de ses citoyens.
L’entrepreneur durable est un consolideur. C’est donc un créatif puisqu’il doit inventer de nouveaux modèles d’affaires pour fonctionner dans un marché animé de critères d’achat qui ne relèveront plus du rationnel Homo œconomicus, mais plutôt du créatif culturel. Il doit inventer des modèles d’affaires qui permettront à son entreprise de faire des profits, élément essentiel pour progresser et évoluer pour innover mais sans pour cela externaliser les impacts environnementaux des activités lucratives.
Dans les sociétés durables donc, le critère de réussite sera relié à la capacité de construire une entreprise et un modèle d’affaires qui répondront aux besoins des clients tout en consommant moins de ressources et en proposant une durabilité, une réparabilité et même une évolutivité toujours plus grande, ça deviendra peut-être un des principaux facteurs de compétition.
L’entrepreneur durable sera donc remboursé de ses efforts par : l’accès à des ressources financières supplémentaires qui lui donneront un pouvoir de consommer supérieur, oui, mais parce que son optique de travail sera la consolidation des acquis sociaux, son estime, sa reconnaissance et son appartenance lui viendront de la reconnaissance de son apport au mieux-être de la société et à l’augmentation de sécurité des générations futures qu’il aura provoquée.

Vers une nouvelle dynamique d’entreprenariat

Dans cette perspective durable, l’entreprenariat est une coopétition voire une collaboration, sa règle de base est sociale et la fin doit aboutir à une réduction de l’impact environnemental de la société par l’innovation. C’est une perspective collectiviste et complexe qui assume que des individus qui travaillent exclusivement pour l’avantage de la collectivité génèreront par leur pertinence économique de la consolidation économique, de l’éthique et de la durabilité. Dans cette perspective les entrepreneurs deviennent les piliers du développement durable des sociétés, ils deviennent des architectes de la durabilité.

Pourquoi prendre l’optique de la durabilité me direz-vous, pourquoi maintenant, pourquoi ne pas attendre ?

À ces questions je propose quatre éléments de réponses :
  • Le premier élément est que déjà, les jeunes démontrent une volonté de travailler pour des entreprises qui prennent leur responsabilité écologique et sociale. Il en résulte que de plus en plus les entreprises devront faire le choix de la responsabilité écologique pour faciliter le recrutement et la conservation de leurs employés.

  • Le deuxième élément de réponse est que l’augmentation de la fréquence des évènements climatiques extrêmes ne fera qu’accélérer cette sensibilité et cette tendance qui déjà existe chez les clients, eux qui questionnent de plus en plus la manière dont les fournisseurs remplissent leurs responsabilités sociales.

  • Le troisième est que la balance commerciale est tellement négative et l’endettement tellement élevé qu’un changement de régime est pratiquement inévitable, alors aussi bien commencer à se préparer dès maintenant, car le changement de paradigme ne peut qu’aller vers la durabilité, les populations étant devenues trop conscientes de l’importance des problèmes pour ne pas exiger qu’on fasse des changements dans ce sens.

  • La quatrième enfin est qu’en Occident, beaucoup d’études nationales qui ont été réalisées en Amérique et en Europe placent le niveau des créatifs culturels, ces consommateurs de la durabilité qui ont déjà changé leurs critères de décision d’achat, se situent déjà entre 30 et 40 % selon les pays et leur pourcentage ne cesse d’augmenter.

Si ma perception est juste, les agents de développement économique devraient déjà commencer à changer leurs critères de sélection afin de cibler des projets selon de nouveaux critères puisque ces derniers ont le plus de chance de réussir et de devenir pérennes. Ils devraient déjà entreprendre de se documenter sur le profil et la nature des projets d’entrepreneuriat durable. C’est la prochaine tendance dominante.

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Nourriture industrielle et obésité

Nourriture industrielle et obésité

Les résultats mitigés de la COP 28, il fallait s’y attendre!

Le 27 octobre, était publié, dans Le Devoir, un article très signifiant de Marie-Andrée Chouinard intitulé « Obésité-Taxer la calorie vide ». Pour vous démontrer sa significativité, je vous propose de lire un billet dans le Blog diététique de Sophiequi décrit le problème de glucose-fructose lui même dévoilé dans l’excellent livre « Toxic ». C’est une double molécule de sucre qui trompe les systèmes de protection du corps humain ce qui fait que nous pouvons boire 10 Cokes sans ressentir de mal de coeur même si notre organisme est rendu intoxiqué après deux ou trois cokes.

Dans un des commentaires, on pouvait lire ce que les Dr Cohen et Serog disent du glucose-fructose : “il est maintenant admis que sa consommation excessive augmente la synthèse de triglycérides (qui encrassent les artères). Il serait aussi incriminé dans l’obésité, car il favorise la constitution de stocks de graisses. Il serait responsable de stéatose hépatique, autrement dit de la formation d’un foie “gras”

Ce qu’il est intéressant de noter c’est que le billet de Sophie a été rédigé il y a trois ans et la lecture des commentaires nous amène à nous demander si la démonstration faite dans « Toxic » est certaine. En lisant l’article du Devoir, on constate que maintenant la preuve est faite. Marie-Andrée questionne à savoir si l’on ne devrait pas taxer les sodas. Moi, je crois que l’on devrait tout simplement défendre l’utilisation de ce sirop de glucose-fructose pour la simple raison que nous n’avons pas la capacité physique de traiter les externalités qui en découlent. Une taxe ce n’est pas assez car faire du soda ça ne coûte rien. Il faut le défendre pour nous protéger.

Dans le même ordre d’idée, je vous propose un court article de l’Observatoire de l’obésité qui a fait un billet sur L’obésité et la nourriture industrielle. Voilà une autre démonstration que la société, depuis qu’elle ne travaille que pour les actionnaires, est devenue plutôt nocive pour l’humain.

La question que je me pose est de savoir comment nous avons pu nous laisser se dégrader à ce point une société qui est censée exister pour assurer notre santé et notre qualité de vie.

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La révolution de l’écohérence est commencée

La révolution de l’écohérence est commencée

Ne vous y trompez pas, l’enjeu n’est pas seulement de savoir si on veut un moratoire ou pas, l’enjeu c’est un choix de société.

C’est le choix que les Québécois doivent faire entre la société de consommation et l’« écohérence* » qui est en train de se faire.

À droite, il y a la société actuelle qui nous vient du passé avec ses spéculateurs, qui en jouant sur la valeur des ressources et des produits, vampirisent les forces vitales dont dispose la société pour s’adapter au changement climatique et respecter notre obligation inéluctable de changer la société en vue d’éviter de rendre la biosphère non viable.

À gauche, il y a une société à inventer dans laquelle le succès de l’économie ne signifiera plus la destruction de la société et l’épuisement de la biosphère, donc une société centrée sur la performance opérationnelle et non pas sur les performances économique ou financière.

À droite, il y a la société de consommation dans laquelle on fabrique des maisons toujours plus grandes abritant des télés toujours plus grandes et des véhicules toujours plus sophistiqués pour répondre aux pseudo besoins les plus extravagants de l’humain, besoins que proposent des médias toujours plus omniprésents.

À gauche, il y a l’émergence d’une société plus mature dans laquelle toutes les énergies seront concentrées pour réduire, par un ordre de grandeur, la consommation de ressources nécessaires pour maintenir notre qualité de vie et cela, en améliorant notre mieux-être.

À droite ou à gauche, où irons-nous ? Ce choix est en train de s’opérer, les prises de position se font dans les deux camps. On tente de nous convaincre, on nous demande de prendre position. Déjà des transformation sont initiées.

À titre d’exemple, mardi et mercredi, j’étais en Abitibi-Témiscamingue pour définir les mesures de rendement d’un projet consistant à implanter une capacité de prospective régionale laquelle capacité permettra de catalyser le développement d’un projet de métamorphose sociale justement visant à assurer le maintien du niveau de vie des gens de la région malgré la réduction forcée de consommation de ressources qu’imposeront la situation internationale et notre niveau d’endettement, typique des pays occidentaux.

Les résultats mitigés de la COP 28, il fallait s’y attendre!

Mercredi, j’apprenais que le gouvernement allemand a fait faire une étude sur le pic pétrolier (« peak oil ») et qu’il en étudie les implications géopolitiques afin d’explorer les stratégies nationales applicables. Après les États-Unis et l’Angleterre, l’Allemagne entreprend de faire face à la réalité. Et nous ? Quand le ferons-nous ?

Vendredi, j’ai fait une conférence au congrès de l’Association québécoise du propane. J’ai découvert une industrie qui croit que le « peak oil » est une réalité et qui accepte que leur futur est hautement incertain. Ces industriels sont déjà victimes des spéculateurs qui, comme dans toutes les autres industries, génèrent des turbulences de marché lesquelles leur servent à vampiriser autant les entreprises que les clients. Ainsi, disparaissent des ressources financières qui leur seraient pourtant très nécessaires en ces périodes d’adaptation à grande échelle de la société au nouveau contexte en émergence. Lorsque je leur ai demandé si, pour eux, les gaz de schisme faisaient partie du problème ou de la situation, ils ont voté majoritairement du côté problème. Je vous garantis que ces gens ne sont pas des écolos, mais ça ne les empêchent pas d’être conscients.

Hier, je dînais avec l’entrepreneur qui a mis sur pied Exacad, une firme qui conçoit des moules éco-énergétiques capables de maximiser l’efficacité énergétique dans la fabrication de pièces en plastique injecté. Nous discutions du prix qu’il vient de remporter en développement durable et en innovation pour cette nouvelles perspective écologiquement optimisée. J’ai alors réalisé qu’il travaillait sur cette nouvelle perspective de haute efficacité des moules depuis une vingtaine d’année. Voilà un entrepreneur qui avait vu venir les changements. Combien d’autres sont dans cette situation ?

Et ce soir, j’ai expliqué à André, mon voisin et mon compagnon de marche, combien nous n’avions qu’un choix par rapport aux gaz de schisme et que c’était de ne pas s’y lancer. Premièrement, parce que les dangers sont beaucoup trop élevés, oui, mais surtout parce que nous ne devons plus viser l’objectif de trouver plus d’énergie fossile, mais bien de cesser d’en dépendre et, même éventuellement, de l’utiliser.

C’est comme si toutes mes activités de cette semaine me permettaient de mettre en évidence que le changement, ce n’est plus pour demain comme nous y sommes déjà. Beaucoup plus de gens que l’on ne le pense ont déjà entrepris des changements fondamentaux dans leur mode de vie, dans leur cadre de référence. La société québécoise a commencé à se redéfinir.

Globalement, nous avons deux choix et je ne vois pas comment on peut éviter de choisir.

Si nous acceptons que les gaz de schisme soient exploités, alors nous acceptons que, pour des raisons économiques du présent, de détruire aujourd’hui des actifs et des équilibres écologiques absolument nécessaires aux prochaines générations pour leur permettre d’accéder à une qualité de vie et à un niveau de santé semblables à ceux dont nous profitons aujourd’hui.

D’autre part, si nous décidons aujourd’hui, que notre but c’est plutôt de nous affranchir de notre dépendance envers la consommation, nous empruntons un chemin sûrement moins rentable pour les géants de la mondialisation néolibérale, mais extrêmement rentable pour nos enfants, nous refuserons alors les gaz de schiste. De plus, nous questionnerons avec énergie le pourquoi du maintien de la Loi sur les mines ne servant que les grandes entreprises et leur actionnaires presque toujours au détriment des populations des territoires concernés.

Vous voyez, la révolution de l’écohérence est commencée. Nous avons notre premier choix fondamental à faire et je ne crois pas qu’aucune partie n’est prête à céder. Nous aurons un automne chaud, d’autant que la Conférence sur le climat de Mexico, le COP 16, commence bientôt et cet événement donnera des munitions aux tenants du virage à gauche.

(*Terme protégé (MD) pour en assurer l’intégrité)

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L’avenir industriel du Québec

L’avenir industriel du Québec

Au Québec nous importons probablement 90% des équipements qui sont la base de notre qualité de vie moderne. Pensez aux équipements électroniques ou encore aux électroménagers, pensez aux meubles ou encore aux véhicules, pensez aux outils ou encore aux équipements de sports, pensez à tout ce que vous achetez qui porte votre qualité de vie et vous verrez qu’il est surprenant de découvrir combien nous dépendons d’équipement importés.

 

Maintenant projetez-vous 30 ans en arrière et rappelez-vous combien nous fabriquions nos téléphone et nos télévisions, nous fabriquions nos automobiles et nos électroménagers, nous fabriquions nos meubles, nos outils ou nos vélos, nous fabriquions la grande majorité des équipements que nous consommions.

Nous avions à cet époque une relations avec nos fournisseurs, nous savions leurs services après ventes nous avions une perception aigüe de la qualité des équipements qu’ils nous fournissaient, de leur durabilité. Comme consommateur nous pouvions décider d’acheter surtout de la qualité et de la durabilité pour rentabiliser nos investissements ou encore de cibler les bas prix de moindre qualité et durabilité. C’était un choix accessible. Aujourd’hui ce n’est plus possible dans la plupart des cas. Si nous optons pour le haut de gamme ca ajoute des fonctionnalités mais pas nécessairement de la durabilité ni de la réparabilité.

Je vous propose un test

Lors de votre prochain achat, essayez de vérifier la possibilité de vous acheter un équipement qui vous durera avec certitude plus de 10 ans. Si un vendeur vous répond affirmativement sur cette certitude demandez lui pourquoi il il vous l’affirme. Cherchez à savoir sur qu’elle information il s’appuit pour vous l’affirmer. Posez les mêmes question à tous les magasins que vous visiterai avant d’acheter et comparez. Je crois que vous verrai que c’est une certitude qui est devenue impossible à obtenir ou à acquérir pour la majorité des achats.

Une fois cette expérience complété et si vous désirez approfondir vous pourriez ré-essayer mais pour confirmer une certitude de durabilité de 5 ans et voyez la différence.

La réponse à cette question est fondamentale pour pouvoir avoir un aperçu de l’avenir qui nous attend. Selon moi, de cette information découle la plus grande opportunité que le Québec n’ait jamais rencontrer dans son histoire pour prendre le contrôle de sa structure industrielle et du même coup de son indépendance économique.

Les résultats mitigés de la COP 28, il fallait s’y attendre!

Ce que je crois être la situation

J’ai entendu plusieurs fois parler de Panasonic qui retire les pièces nécessaires à la réparation de ses équipements après cinq ans afin de provoquer un renouvellement chez ses clients. Lorsque j’ai du renouveler mes électroménagers j’ai découvert que la majorité de entreprises n’offrent que des garanties de un ans complétable par l’achat d’une garantie étendue. Les vendeurs m’ont expliqué que c’était fortement recommandé car n’importe lequel de ces équipements est susceptible de briser dans les premières années. Il m’a aussi expliqué que si je paie plus cher ça ne fera pas nécessairement de différence. Lorsque j’ai magasiné pour faire réparer ma vieille tondeuse électrique le réparateur m’a expliqué qu’elle n’est réparable que si elle n’est pas fabriqué en chine car dans ce cas il n’y a pas de pièce de rechange disponible. Dieu merci la mienne était nord-américaine mais lorsqu’il a estimé le prix de cette réparation somme toute mineure j’ai compris que les entreprises d’équipement ne favorisent pas la réparation.

Je crois que la majorité des objets qui sont le support à notre qualité de vie sont aujourd’hui fabriqué pour avoir une durée de vie toujours plus courte. Il en découle que, malgré la stabilité de notre démographie, nous consommons chaque année de plus en plus d’équipement ayant une vie de plus en plus courte. De ce fait il découle que si, pour une raison indépendante de notre volonté, l’approvisionnement venait à se tarrir il se passerait de moins en moins de temps avant que notre qualité de vie ne viennent à être sérieusement affecté par ce tarissement des approvisionnement.

D’autre part, notre capacité de fabrication et notre autonomie industrielle historiquement très grande a été réduite à peau de chagrin à coup de délocalisation répétées dans presque tous les domaines de fabrication. Pour répondre aux ténors de la mondialisation nous avons liquidé notre autonomie industrielle et l’avons remplacé par de grandes entreprises ne nous appartenant pas et visant un marché mondialisé dans lequel nous sommes en compétition avec tous les pays de la planète et dans lequel le facteur clef est le prix.

Nous avons par ces délocalisations répétés sérieusement affaibli notre nation. Par l’exportation de nos compétence de fabrication et par la mise en compétition de nos capacités industrielles avec celle des pays émergents nous avons provoqué une réduction de nos avantages et de nos salaires. Il en a résulté des dizaines de centaines de milliers d’emplois stratégiques qui ont été exportés, rendant dès lors notre économie dépendante de l’économie internationale. On parle de dizaines de milliards de dollars qui sortent du Québec chaque année pour acheter des produit que l’on dit à prix plus bas mais qui en réalité si on tient compte du rythme de rétrécissement de leur durabilité sont à couts toujours plus élevé.

Pour tous les pays occidentaux cette situation qui est déjà trop avancée est une grande menace mais pour le Québec ce n’est pas le cas car il y a trente ou quarante ans les entreprises qui assuraient notre autonomie industrielle ne nous appartenaient pas. C’était principalement celles des anglais ou des américains et c’est pour ça qu’elles ont été délocalisées si rapidement et si totalement lorsque les canadiens français ont cessé de représenté du cheap labor. Celles de demain nous appartiendront

Vers une effervescence industrielle québécoise

Demain ou après demain nos approvisionnement provenant de l’Asie se tariront. Ça arrivera probablement au même moment que celui ou la Chine laissera tomber le dollars américain. Ce sera lorsque son marché interne ( ils sont déjà rendus à 11 000 $ de PIB/capita ) sera suffisamment grand pour supporter sa croissance économique ou encore lorsque les ressources deviendront trop rares pour les retourner à l’occident sous-forme de produits (pour certain matériaux comme les terres rares c’est déjà le cas). Alors nous aurons un problème car nos équipements briseront rapidement et il sera difficile de les remplacer. C’est à ce moment que poussera rapidement une profusion de petites entreprises qui viendront combler ces besoins en explosion.

Là ou le Québec sera avantagé, c’est que le nouveau tissus industriel qui émergera avec ses nouvelles chaînes de transformation et d’approvisionnement seront de propriété québécoise ce qui sera une première. De plus, comme cette émergence se fera dans le contexte d’une crise des ressources et d’une prise de conscience mondiale de l’urgence environnementale, il faudra créer ces nouvelles structures industrielles dans un nouveau paradigme qui imposera de faire beaucoup avec peu. C’est un domaine dans lequel les québécois sont particulièrement efficaces.

En conclusion

Je crois que nous approchons d’un nouvel âge d’or de l’industrie québécoise et je crois que notre créativité ainsi que notre capacité exceptionnelle à faire beaucoup avec peu nous permettront de nous en sortir avec panache même si l’opération de transformation industrielle sera certainement douloureuse.

Mais surtout je crois que si nous prenons acte de la nouvelle réalité mondiale qui émerge rapidement et de la fin de la domination occidentale sur l’économie mondiale qu’elle implique nécessairement alors nous pouvons entreprendre dès aujourd’hui cette transformation industrielle puisqu’elle ne génèrera que des avantages et qu’ils seront autant économiques, sociaux, environnementaux qu’humanitaire.

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Conférence au Technocentre en écologie industrielle de Sorel-Tracy

Conférence au Technocentre en écologie industrielle de Sorel-Tracy

Les résultats mitigés de la COP 28, il fallait s’y attendre!

Aujourd’hui je donne une conférence à Sorel-Tracy. C’est une région particulièrement dynamique. Elle fut une des plus polluantes du Québec à une époque mais elle est maintenant en train de devenir une des plus avancées dans le développement d’un projet de société alternative, adaptée à la réalité écologique. C’est une région qui a entrepris une réflexion interne depuis de nombreuses années. C’est aussi la région qui abrite la Bourse des résidus industriels du Québec une organisation révolutionnaire qui travaille à transformer des déchets en ressources matérielles pour d’autres organisations. Exactement comme le fait la nature dans les écosystèmes.

Je leur présenterai mon analyse globale. Je tenterai de leur expliquer que les plus grands changements qui vont transformer leur mode de vie proviendront de l’extérieur.

  • de l’extérieur de la province,

  • de l’extérieur du pays,

  • de l’extérieur du continent,

  • et même de l’extérieur de la société.

J’essaierai comme toujours de les inciter à mettre en place un groupe de travail qui surveillera le développement des forces de changement et qui planifiera l’adaptation nécessaire pour faire face à des turbulences de cet ampleur. Je leur présenterai aussi la stratégie de l’écohérence et d’une société basée sur des parcs d’équipements évolutifs pour remplacer la société fonctionnant avec un flux constant d’équipements morts comme c’est actuellement le cas.

Mais surtout je les presserai d’agir, d’entreprendre dès à présent de se préparer à cet avenir qui arrive si rapidement. Réussirai-je ?

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Conférence au regroupement de l’industrie électronique le RIE

Conférence au regroupement de l’industrie électronique le RIE

Les résultats mitigés de la COP 28, il fallait s’y attendre!

Je donne une trentaine de conférences par année. Chacune est une expérience intense qui suit un effort d’adaptation de la stratégie de communication et du matériel afférent au contexte de mon auditoire pour toujours les convaincre de la même chose.

Le message suit toujours le même cheminement en présentant :

1. que nous sommes au début d’une discontinuité globale dans les systèmes, économique, commercial, politique et social mondiaux,

2. que cette discontinuité va générer ce que l’on pourrait qualifier de Tsunami de changement qui va induire un nouveau paradigme social,

3. que ces changement proviendront du global mais affecteront le local en déclenchant des séries d’impacts et de mécanismes d’adaptation dont une majorité est prédictible en autant que l’on essais de le faire

4. que ces changements représentent de grand champs de menaces transformable en opportunités en autant qu’on les anticipe et qu’on se prépare pour en profiter

5. et finalement que pour le Québec c’est une opportunité unique de conquérir un niveau supérieur d’autonomie économique et commerciale.

Mardi soir le 1er juin j’ai donné une conférence aux membres du RIE le regroupement de l’industrie électronique et là, la magie a opéré mais d’une manière plus intense que d’habitude. Je ne sais pas si c’est à cause du profil des participants, de leur disponibilité ou encore de ma propre disponibilité mais un contact exceptionnel s’est établi. Nous avons passé trois heures à vraiment intensément communiquer et ensemble à explorer les différentes dimensions de tous ces changements qui nous arrivent.

Quelle expérience intéressante. Souhaitons qu’elle se reproduise et qu’il en découle une dynamique de veille prospective avec les membres du regroupement pour favoriser une appropriation, par les membres, de cette nouvelle perspective qu’est la prospective.

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